Interview: Moins d’enseignement, plus d’apprentissage

12 September 2011

CAP43_SombathSomphoneSombath Somphone, Directeur du Centre de formation au développement participatif du Laos

Innovations dans l’éducation au Laos

Le Centre de formation au développement participatif (PADECT) applique des approches actives de l’apprentissage au Laos, où l’éducation est encore fondée sur le principe traditionnel de la transmission unidirectionnelle des connaissances des enseignants aux apprenants, ces derniers ayant un rôle passif.

L’enseignement au Laos est des plus traditionnels. L’accent y est mis sur l’apprentissage par mémorisation, le contrôle des connaissances ne portant que sur ce que les élèves ont appris par cœur. En conséquence, les apprenants n’acquièrent pas les aptitudes analytiques et comportementales nécessaires pour résoudre les problèmes qui les attendent dans la vie. 

Des méthodes pédagogiques novatrices ont donc été élaborées en vue d’améliorer l’enseignement : apprentissage à base de problèmes, éducation axée sur l’apprenant, éducation fondée sur les compétences, l’éducation fondée sur l’expérience. Sombath Somphone, directeur du Centre de formation au développement participatif (PADECT) a examiné ces approches, ainsi que d’autres, en vue de promouvoir une éducation en faveur d’un développement durable dans les établissements d’e nseignement laotiens. Capacity.org s’est entretenu avec lui.

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Sombath Somphone, vos activités dans la formation et l’éducation pour le développement rural s’é tale sur plus de trois décennies. Pourriez-vous nous expliquer la vision du PADECT et son application dans la pratique?

Dans les années 80 et au début des années 90, j’ai travaillé au projet du Système agricole intégré à base de riziculture (RIFS), qui est devenu le PADECT. C’est là que je me suis rendu compte que notre système d’éducation n’équipait pas les jeunes des capacités requises pour analyser et résoudre les problèmes, car l’enseignement les cantonnait dans un rôle passif. Pour se développer, le pays doit se doter de ressources humaines compétentes, ce qui exige moins d’e nseignement et davantage d’apprentissage.

J’ai donc commencé à travailler avec des jeunes pour renforcer leurs capacités pendant qu’ils faisaient encore leurs études, dans le cadre d’activités périscolaires, le week-end. Nous allions dans la collectivité une fois par mois, pour travailler à des projets dans des domaines tels que la prévention du paludisme, l’assainissement de base, le VIH/sida et la protection des espèces en danger. Nous proposions aux apprenants des activités très simples et très concrètes de formation à l’organisation et au leadership. Notre approche consistait en un apprentissage à base d’activités et d’expérience qui venait compléter l’apprentissage traditionnel en milieu scolaire.

Nous sommes parvenus progressivement à intégrer ces activités dans le cursus d’étude standard. Aujourd’hui, dix ans plus tard, le ministère de l’éducation accepte le fait que l’on forme des groupes de jeunes bénévoles dans tous les établissements d’enseignement du pays.

Nous intervenons actuellement dans une centaine d’établissements et nous produisons des matériels d’enseignement et d’apprentissage qui sont diffusés dans tout le pays.


Qui finance des activités?

Nous dépendons entièrement de financements extérieurs. Notre principal donateur est Oxfam Novib, organisme avec lequel nous travaillons depuis le début. Nos revenus provenant d’autres sources au Laos sont très limités.


Cette dépendance à l’égard d’un seul donateur ne vous rend-elle pas très vulnérables?

Pour réduire notre vulnérabilité, nous nous sommes décentralisés pour former 12 centres d’a pprentissage plus petits, qui mobilisent leurs propres fonds auprès des organismes d’aide et qui percevront des redevances en échange des services qu’ils offrent. Je les encourage à adopter une approche plus entrepreneuriale. Le groupe des médias, par exemple, peut générer des revenus par la production et l’impression de matériels d’apprentissage. Les fermes écologiques peuvent former des étudiants, des enseignants et des agriculteurs, produire des semences sous contrat. Elles produisent du riz et du poisson. Nous avons établi une école privée, qui est un établissement de démonstration qui est payant.

En préparation de mon départ à la retraite, nous nous efforçons d’établir un conseil d’a dministration, pour que le PADECT puisse fonctionner sans moi. Mais le principal défi, et je ferai tout mon possible pour le relever, est d’assurer l’autonomie de ces 12 centres d’apprentissage, de faire en sorte qu’ils développent leurs propres réseaux et qu’ils mobilisent des fonds.

  

PADETC

L’origine du PADECT remonte à 1980 et au Système agricole intégré à base de riziculture (RIFS), qui a lui aussi été lancé par Sombath Somphone.

 

Le principal but à l’époque était d’accroître la sécurité alimentaire des collectivités rurales pauvres au lendemain de la guerre. Avec une équipe de trois personnes, il a formé des agriculteurs, des étudiants, des enseignants et des agents de vulgarisation agricole à l’agriculture intégrée et aux techniques culturales à faibles intrants.

En 1992, le projet du RIFS comptait huit membres et sa mission ne couvrait plus seulement l’a griculture et la sécurité alimentaire, mais s’étendait à tout le développement rural.

Le PADECT a aujourd’hui un effectif de 50 personnes, aidées par des centaines de bénévoles. Sa mission s’est élargie et vise à présent le renforcement des capacités des jeunes en tant qu’agents du changement en vue de l’instauration d’un développement durable.

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Interview réalisée par Heinz Greijn, Redacteur en chef, Capacity.org

Sombath Somphone Directeur du Centre de formation au développement participatif du Laos