Comprendre le renforcement des capacités du dedans

12 September 2011

Le comité de rédaction

Notre message à Busan

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En novembre, des représentants de 91 pays participeront à Busan au quatrième Forum de haut niveau sur l’efficacité de l’aide et examineront les progrès accomplis au niveau mondial en matière d’amélioration de l’impact de l’aide au développement. Depuis les forums précédents tenus à Paris (2005) et à Accra (2008), le renforcement des capacités a trouvé une place de choix dans les efforts visant à obtenir des résultats durables.

Les progrès sont incontestables, mais nous ne sommes pas au bout du chemin.

Le numéro de juin 2011 de Capacity.org consacré au renforcement des systèmes de santé attirait l’attention sur la somme énorme de travail qu’il reste à faire pour appliquer les principes de la Déclaration de Paris dans le secteur de la santé.

Dans la présente livraison, nous souhaitons émettre trois grands messages pour Busan:

  • Le renforcement des capacités part « du dedans »;
  • L’appui extérieur peut être fort utile, mais seulement en tant qu’adjuvant au leadership, à la volonté et à l’engagement intérieurs;
  • Il est effectivement possible de mesurer les résultats du renforcement des capacités et de démontrer leur contribution au développement, mais il faut établir des délais réalistes pour évaluer les impacts. Des investissements supplémentaires sont nécessaires pour élaborer des méthodes appropriées de suivi et évaluation.

Un renforcement des capacités efficace

Le renforcement des capacités progresse considérablement dans de nombreux domaines. Dans le présent numéro, tous les agents du changement que nous avons invités à parler de leurs expériences nous disent que l’investissement dans les capacités contribue à l’obtention de résultats durables.

Les interviews réalisées couvrent une large gamme de secteurs et de pays : électricité pour tous en Afrique du Sud, assainissement amélioré au Népal, environnement plus favorable aux affaires au Kenya, application des lois environnementales en Zambie, apprentissage actif dans les écoles laotiennes. Les messages et les processus présentent une remarquable constance:

  • Le renforcement des capacités commence dans le pays, en s’appuyant sur les dynamiques, les ambitions, le leadership et l’engagement locaux ou nationaux;
  • Le point de départ pour les acteurs locaux est la recherche de moyens d’apporter des contributions au changement social et pas d’atteindre les cibles prédéterminées par les partenaires extérieurs;
  • Les responsables du renforcement des capacités sont capables d’obtenir l’engagement de multiples acteurs en faveur du changement, ce qui est source de légitimité et fournit la base d’un modèle de revenus viable. Le mouvement WASH du Népal est financé par le gouvernement central et les administrations locales et appuyé par des centaines de bénévoles. La Kenya Association of Manufacturers a pour revenus les cotisations de ses membres et les redevances versées pour les services. Les revenus du Conseil de l’environnement de la Zambie proviennent du budget de l’État et des redevances de licences.
  • L’amélioration des performances due au renforcement des capacités met plus ou moins longtemps à se manifester, parfois plus de 10 ans, parfois beaucoup moins. Cela correspond rarement au cycle des projets.

Rôle de l’appui extérieur

L’aide extérieure peut apporter un appui notable aux initiatives menées par le pays, sous réserve que les partenaires extérieurs ne se concentrent pas sur les performances de leur aide, de leurs politiques ou de leurs approches, ce qui risque alors d’entraver les efforts du pays.

L’apport d’appuis extérieurs n’a pas été un critère de sélection des cas exposés dans le présent numéro. Nous avons demandé dans notre recherche de personnes à interviewer qu’elles parlent d’un renforcement des capacités ayant mené à un changement notable.

Nous avons constaté que, dans tous les cas, l’appui extérieur avait joué un rôle important. Il s’agissait d’apports de connaissances, de facilitation de processus multi-acteurs, de jumelage, de financement, d’assistance technique ou de plusieurs de ces intrants. Quel qu’ait été le mix, il est apparu que l’appui extérieur était efficace lorsqu’il était flexible, sensible aux besoins et allié à une connaissance solide du secteur, ainsi que des moyens de favoriser le changement et de forger des relations. L’attachement à un apprentissage mutuel constituait également un facteur d’efficacité important.

Toutes les personnes interviewées ont souligné l’importance de la confiance et de l’ouverture entre les partenaires, ce qui exige des partenaires extérieurs qu’ils soient disposés à comprendre le processus de renforcement des capacités « vu de l’intérieur » et à s’efforcer d’adopter la perspective des propriétaires du processus.

Dans les processus menés par des acteurs nationaux, l’aide a une fonction de soutien, ce que beaucoup d’intervenants du secteur de l’aide acceptent mal, étant peu accoutumés à jouer les seconds rôles. Il est cependant avéré qu’un comparse solide fait davantage pour le succès de la pièce qu’un premier rôle qui ne songe qu’à tirer la couverture à lui sans se préoccuper du reste de la troupe ni du metteur en scène. Le renforcement des capacités a plus de chances de donner des résultats lorsqu’il y a un metteur en scène local et des acteurs extérieurs prêts à bien jouer les auxiliaires.

Évaluation du renforcement des capacités

L’appréhension du dedans du processus de renforcement des capacités dépend de l’aptitude à bien mener un suivi et évaluation du processus et des appuis. Or nous constatons que de nombreux organismes d’aide concentrent toujours leurs évaluations sur leurs propres interventions et ne prêtent guère attention aux perspectives des propriétaires du renforcement des capacités ni au contexte général dans lequel ils doivent opérer.

Dans le numéro de Capacity.org de septembre 2009, Piet de Lange, du Département de l’évaluation des politiques et des opérations (IOB) du ministère des affaires étrangères des Pays-Bas, annonçait une évaluation du renforcement des capacités selon une autre approche, qui ne se limitait plus aux appuis apportés par les intervenants de l’extérieur.

À l’heure où nous mettons sous presse, les résultats de l’évaluation de l’IOB n’ont pas encore été publiés. Dès qu’ils l’auront été, nous enverrons aux abonnés à notre revue électronique un supplément contenant des interviews avec Piet de Lange ainsi que d’autres personnes associées à cette évaluation.

L’évaluation de l’IOB, avec ses qualités et ses imperfections, et plusieurs autres évaluations qui ont adopté une approche analogue sont des initiatives pionnières dans le domaine encore sous-exploré de l’évaluation du renforcement des capacités. Vu l’investissement dans le renforcement des capacités, il est remarquable que les efforts de gestion axée sur les résultats et les mesures restent focalisés sur les résultats physiques des initiatives et que l’on n’accorde qu’une place secondaire à la compréhension des processus d’instauration de capacités durables.

On continue toutefois d’attendre des preuves de l’efficacité de l’appui du renforcement des capacités. Dans le Nord, les évaluations se situent dans un contexte sociopolitique très chargé. Les avantages du renforcement des capacités sont peut-être visibles pour ceux qui en bénéficient, mais cela ne suffit pas au secteur de l’aide qui doit mesurer et quantifier les résultats pour se justifier auprès des contribuables. Les décisionnaires politiques recherchent des preuves qui établissent le fait que l’appui du renforcement des capacités répond aux programmes politiques du jour. Les politiciens sont aussi en quête de matériel utilisable à des fins tactiques à court terme.

Néanmoins, les bénéficiaires comme les responsables des programmes d’appui du renforcement des capacités recherchent des moyens d’améliorer la pratique et de la professionnaliser par l’apprentissage. Les évaluateurs, eux, sont pris entre deux feux et se rendent vite compte que l’on ne peut satisfaire tout le monde.

Dans sa contribution au présent numéro, Doug Horton expose la confusion qui règne dans ce domaine. Il explique les raisons qui font que le processus d’évaluation est rarement satisfaisant et indique les possibilités d’amélioration pour les professionnels de l’évaluation. Sa contribution est, en soi, une évaluation et sa lecture est recommandée à ceux qui souhaitent savoir comment aborder les évaluations du renforcement des capacités.

Engagement, modestie, professionnalisme

Durant la phase de l’avant-Busan, les voix qui se font entendre par le truchement de Capacity.org émettent trois messages clairs et un message général qui est qu’il n’y a pas de résultats significatifs et durables sans capacités. Et les multiples exemples de croissance efficace des capacités dans les divers secteurs et domaines nous disent que la croissance des capacités à lieu « du dedans ».

  • Si la communauté internationale veut vraiment obtenir des résultats sur le terrain, elle doit comprendre le point de vue des gens du dedans. Le principe de l’appropriation énoncé dans la Déclaration de Paris vaut toujours. Les partenaires au développement extérieurs qui se concentrent sur leurs propres politiques et approches en matière d’aide et sur leurs propres connaissances s’opposent à la dynamique locale au lieu de l’appuyer.
  • L’appui extérieur en faveur du renforcement des capacités peut être substantiel, à condition qu’il soit aussi sensible, pertinent et fondé sur un apprentissage et une confiance mutuels. Il doit être un adjuvant au leadership, à l’initiative et à l’engagement intérieurs et peut provenir de plus en plus du Sud et de l’Est.
  • Il faut faire un immense bond en avant dans le domaine du suivi et évaluation du renforcement des capacités. Au vu des sommes investies dans le renforcement des capacités, nous avons besoin d’évaluations de meilleure qualité et individualisées qui nous renseignent davantage sur les modalités selon lesquelles le renforcement des capacités a lieu et sur les façons dont les partenaires extérieurs peuvent apporter un appui solide. De telles évaluations pourront alors contribuer à l’apprentissage et à des engagements en faveur d’une responsabilisation mutuelle. 

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Le comité de rédaction

Jan Ubels (SNV)

Niloy Banerjee (UNDP)

Volker Hauck (ECDPM)

Hettie Walters (ICCO)

Heinz Greijn, Editor-in-chief, Capacity.org