Les experts locaux qui aident les gens et les organisations à renforcer leurs capacités sont peut-être l’une des ressources les plus précieuses dont on dispose pour appuyer le développement.
La présente livraison de Capacity.org est consacrée aux renforceurs de capacités locaux (RCL), détenteurs de connaissances spécialisées en la matière, qui facilitent le changement, explorent les nouvelles modalités de travail possibles et renforcent les capacités en vue d’un développement s’inscrivant dans le long terme. Ils se trouvent généralement parmi les ONG et les consultants locaux et dans les établissements de recherche et d’enseignement supérieur.
Beaucoup de pays ne possèdent qu’un nombre limité de RCL et recourent largement à des experts étrangers. Cette option leur permet d’acquérir des connaissances sans investir dans leur développement, mais elle présente aussi de graves inconvénients :
- Les experts étrangers coûtent cher et ne sont pas faciles à trouver, d’où certaines difficultés pour l’application et le développement de solutions venues d’ailleurs.
- Les connaissances ainsi transférées et les solutions proposées sont souvent inefficaces, n’étant pas adaptées aux réalités locales ou reposant sur un contexte spécifique.
L’accroissement de l’expertise en matière de renforcement des capacités exige que l’on fasse fond sur les connaissances locales et que l’on ne recoure aux connaissances étrangères que lorsqu’il le faut, en veillant à ce qu’elles soient appropriées et créent des savoirs et des solutions de pointe, adaptés aux spécificités contextuelles. Il faut pour cela une masse critique de RCL.
L’appui aux RCL est un secteur émergent et l’on en sait peu de choses. Jan Ubels, dans l’article principal de la présente livraison, lance un appel à des études et à des analyses plus approfondies. Dans un premier temps, avec le concours de l’Overseas Development Institute du Royaume-Uni, l’Organisation néerlandaise de développement (SNV) a mené des études exploratoires au Cameroun, au Monténégro, au Pérou, en Tanzanie et au Viet Nam. Il existe à l’évidence un besoin croissant de services de renforcement des capacités de qualité.
Au niveau sous-national, toutefois, les ressources étant limitées, ce besoin ne donne pas lieu à une demande, et des progrès sont possibles en matière de diffusion et de qualité. Les RCL pourraient améliorer considérablement leurs services mais les conditions dans lesquelles ils opèrent ne sont pas toujours faciles.
Pour déterminer ce qui motive les RCL et les défis qu’ils ont à relever, Capacity.org en a interviewé trois, du Bénin, de la Tanzanie et du Viet Nam, qui ont suggéré divers moyens par lesquels les donateurs et les instances gouvernementales pourraient contribuer à l’instauration d’un environnement plus favorable à leur développement.
Quels sont les facteurs qui font qu’un pays possède un solide réseau de RCL ? Les politiques qui appuient l’enseignement supérieur sont d’une importance cruciale. Damtew Teferra expose les défis auxquels font face les universités africaines et les choix stratégiques qu’elles doivent opérer. Dans les années 80 et 90, les gouvernements africains se sont fait dire par des experts, étrangers bien sûr, et notamment la Banque mondiale, que l’enseignement supérieur était un luxe hors de portée des pays en développement et qu’ils feraient mieux d’envoyer leurs étudiants à l’étranger. Ce conseil reposait sur des calculs, erronés, d’après lesquels le rendement de l’investissement dans l’éducation était très inférieur dans l’enseignement supérieur par comparaison à l’enseignement primaire ou secondaire. Le programme de la Banque mondiale dans ce domaine est resté inchangé pendant plusieurs décennies, contribuant ainsi à l’effondrement du secteur universitaire en Afrique et privant celle-ci de la capacité de produire ses propres experts.
Nombre de pays d’Afrique subsaharienne ont adopté aujourd’hui de nouvelles politiques et investissent fortement dans l’enseignement supérieur. La Banque mondiale, elle, a révisé son opinion, ainsi qu’en témoigne un ouvrage paru cette année intitulé Accelerating Catch-up: Tertiary Education for Growth in Sub-Saharan Africa (synthèse en français : L’enseignement supérieur comme moteur du développement en Afrique subsaharienne).
Notre chroniqueur invité Brian Pratt analyse un autre facteur de dépendance excessive à l’égard des connaissances spécialisées étrangères : le secteur de l’aide lui-même. Nombre d’organisations d’aide subventionnées se tournent vers des experts extérieurs pour assurer le renforcement des capacités, empêchant ainsi l’émergence d’un secteur local de renforceurs de capacités ou évinçant même les RCL déjà en activité.
Dans un article spécial, et en prévision d’un événement mondial prévu par le PNUD pour 2010 sur le thème « Les capacités, c’est le développement », Thomas Theisohn et Tony Land donnent un aperçu de l’architecture des connaissances dans le domaine du renforcement des capacités et de ses nombreuses communautés de pratique.


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