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 Numéro  34 | Août 2008

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RENFORCER LES CAPACITÉS INSTITUTIONNELLES PAR LE BIAIS DE LA SOCIÉTÉ CIVILE
Des élections crédibles en Sierra Leone

Les organisations de la société civile doivent contribuer très largement au processus de transformation des États fragiles en nations pacifiques et stables. Frances Fortune et Ambrose James décrivent les expériences de la Sierra Leone lors des dernières élections.

Le 11 août 2007, les Sierra-Léonais ont élu un nouveau parlement et un nouveau président du pays, avec un taux de participation record de 76 %. Le taux de participation au second tour de l’élection présidentielle, le 8 septembre, a été similaire. Ces élections nationales ont marqué un point de référence crucial dans la transition en Sierra Leone du brutal conflit qui a duré une décennie, à la consolidation de la paix et de la stabilité. Quelques manifestations de violence limitées ont été rapportées, en particulier dans la capitale, et des actes de militantisme et d’intimidation ont été notés aux abords de certains bureaux de vote. Cependant, la plupart des observateurs nationaux et internationaux ont salué ces élections comme étant libres et équitables.

Les organisations de la société civile ont joué un rôle important dans la réalisation de ce résultat pacifique. Le colportage de rumeurs et une propagande provocante peuvent facilement faire tourner des élections à la violence. Pour aider à éviter la violence, l’ONG Search for Common Ground Sierra Leone (SFCG) a soutenu deux initiatives de la société civile centrées sur la création de la transparence au cours des élections : l’Independent Radio Network (IRN) et le National Election Watch (NEW).

La radio communautaire

La première organisation de la société civile (OSC) soutenue par SFCG était un réseau de radios communautaires. Créé spécialement en 2002 pour soutenir les élections nationales de cette année-là, l’Independent Radio Network (IRN) est devenu un réseau national de 21 stations de radio communautaires et privées. L’IRN a un bureau et un studio de production à Freetown. Chaque station membre dans les 14 districts du pays communique des informations locales à un centre où les émissions d’informations sont préparées pour être diffusées sur tout le réseau. De plus, les stations membres diffusent des émissions SFCG pour informer et entretenir leurs auditeurs des grandes questions sociales et politiques.

L’IRN a été conçu par SFCG en partenariat avec la Media Foundation for Peace and Development et avec l’aide technique du BBC World Service Trust. L’objectif à long terme de ce réseau est de devenir le premier réseau d’information national, public et financièrement indépendant, d’Afrique de l’Ouest.

Pour les élections de 2007, SFCG et l’IRN avaient envoyé 420 journalistes itinérants dans des zones où régnait une forte tension entre partis rivaux et dans des régions reculées qui autrement n’auraient pas été couvertes par les médias. Les journalistes, membres de l’équipe de SFCG et des stations membres de l’IRN, étaient chargés de rapporter la situation qu’ils observaient.

Pendant toute cette journée électorale, des rapports ont afflué au bureau principal de l’IRN à Freetown. Ce service d’information en direct a donné une idée claire de la manière dont les élections se déroulaient à travers le pays au niveau du district. Comme les journalistes informaient à la fois le réseau national IRN et leur station de radio locale, les gens s’informaient, en fait, mutuellement. Ils racontaient des faits authentiques, de témoins oculaires, qui se déroulaient au niveau du district. Leurs contributions personnelles ont contribué à renforcer la confiance dans le processus et dans son dénouement dans le calme.

Alors que le vote touchait à son terme à la fin de journée électorale, SFCG et l’IRN ont dirigé un décompte officieux des voix effectué par des médias indépendantes. Les 420 journalistes stationnés dans tout le pays pour couvrir les élections ont communiqué les résultats provisoires annoncés dans chaque centre de vote. Des bénévoles assuraient une permanence téléphonique au centre de Freetown et des membres de l’équipe introduisaient les résultats dans une base de données. Allant au rythme d’environ 1 % du total des suffrages à l’heure, les décomptes ont été diffusés aux auditeurs dans toute la nation.

Deux jours plus tard, quand la Commission nationale électorale (NEC) a commencé à publier des résultats regroupés, SFCG et l’IRN ont adapté leur stratégie et se sont limités à fournir des rapports analysant et expliquant les nouveaux résultats. L’objectif était d’aider à répondre aux attentes de la population et de renforcer sa compréhension des résultats. Les analyses fournies par l’IRN ont contribué en général à faire comprendre aux gens les pourcentages de la NEC, ainsi qu’à faire patienter ceux qui attendaient le résultat final.

La diffusion progressive des informations pendant la période entre la fermeture des bureaux de vote et les premières annonces des résultats par la NEC (qui était de trois jours pour le deuxième tour de l’élection présidentielle) a été un élément clé qui a calmé les tensions dans tout le pays. En même temps, le fait qu’un organisme de surveillance indépendant suive le processus, au cas où les résultats officiels différeraient largement des décomptes individuels, rassurait le public. Les émissions de l’IRN durant les élections ont été un véritable test de la capacité des médias locaux à contribuer d’une manière responsable et constructive au processus politique sans recourir à la propagande provocatrice.

Pendant toute la période électorale, l’IRN a réagi avec rapidité aux informations changeant constamment sans compromettre ses principes de soutien à un processus électoral pacifique et crédible. Ce faisant, il s’est attiré le respect des observateurs médiatiques indépendants tout en fournissant des informations essentielles à la population de la Sierra Leone. Reconnaissant l’instabilité de la situation entre le premier et le second tour très compétitif de l’élection présidentielle, l’IRN a invité des analystes politiques de premier plan et des experts en matière électorale à partager leurs analyses avec le public. De cette manière, ils garantissaient l’apport d’informations crédibles et d’un point de vue clair dans le débat public très passionné.

Le National Election Watch (NEW)

La seconde organisation de la société civile soutenue par SFCG durant les élections était le National Election Watch, une coalition de plus de 375 OSC locales et internationales. Ses divers membres sont SFCG, Oxfam, Sierra Leone Teacher’s Union et Farmer’s association. Se basant sur ses expériences durant les élections de 2002 et 2004, NEW a élaboré une stratégie pour guider son intervention dans le processus de 2007. L’organisation s’est concentrée sur la transformation de sa structure et de ses capacités organisationnelles afin de pouvoir :

  • poster un observateur spécialement formé dans chaque bureau de vote ;
  • mettre en œuvre un mécanisme de diffusion rapide des informations pour obtenir un aperçu clair des activités dans le pays ;
  • organiser un décompte parallèle des voix.

Travaillant avec des personnes énergiques et dévouées issues de toutes les organisations membres, SFCG a fourni une assistance et une coordination techniques à l’un des efforts de supervision électorale les plus considérables en Afrique. Sous le principal leadership du comité de gestion stratégique et d’une structure décentralisée de prise de décision, NEW a réussi à atteindre ses trois objectifs stratégiques durant la période électorale, aucun d’eux n’ayant jamais été réalisé auparavant en Sierre Leone.

Pour poster un observateur spécialement formé dans chaque bureau de vote, NEW a utilisé les connaissances et les réseaux de ses organisations membres. Le réseau leur a permis de mobiliser des observateurs dans chaque petite ville et village. Ils ont stationné aussi des observateurs de la société civile dans 97 % des bureaux de vote dans tout le pays.

« Dans les centres de vote des zones rurales, beaucoup considéraient le responsable du centre de vote comme étant le patron », a noté Andrew Sellu, un membre de NEW. « La présence de NEW a changé cela. Nos observateurs en T-shirts noirs faisaient prendre conscience aux gens qu’ils pouvaient voter comme ils l’entendaient. Les responsables de la NEC ont dit que c’était bien que NEW soit là.»

Les membres de la délégation de deux personnes envoyée par l’UE au district frontalier de Kailahun ont parlé plus tard de la présence rassurante des observateurs de NEW en T-shirt noirs à chaque bureau de vote qu’ils avaient visité.

Des « coordinateurs de rapports d’incidents » étaient intégrés dans la réaction par district de NEW. Leur rôle était de résoudre les problèmes au niveau local et d’entrer les incidents sérieux dans la base de données de NEW. Ces coordinateurs ont séparé efficacement les problèmes susceptibles d’entraver ou d’affecter des élections équitables, des autres problèmes plus faciles à résoudre. De cette manière, ils ont pu résoudre des conflits et améliorer la rapidité avec laquelle de vrais problèmes pouvaient abordés avec les autorités compétentes du district.

Observateurs électoraux dans un bureau de vote à Freetown.


NEW a atteint son second objectif consistant à créer et à faire fonctionner un système de diffusion rapide pour les observateurs électoraux. Avec l’assistance technique du National Democratic Institute, un échantillon représentatif des bureaux de vote, appelé « bureaux de vote prioritaires », a été choisi au hasard. Depuis ces bureaux prioritaires, les observateurs spécialement formés envoyaient un message SMS à la base de données de NEW. Chaque observateur répondait à des questions choisies sur la « liste des points à vérifier par l’observateur ». Plus d’un tiers de ces stations se trouvaient dans des zones non couvertes par la téléphonie mobile. Cela signifie que certains observateurs ont dû marcher pendant des heures pour participer à l’opération, tandis que d’autres ont dû traverser en barques des fleuves et des zones inondées. Néanmoins, au cours des premières 36 heures après la fermeture des scrutins du premier tour, NEW avait reçu des informations de 72 % des bureaux prioritaires. Ce chiffre est monté à 93 % au second tour. Cette réaction rapide a donné aux responsables de NEW un aperçu presque instantané de la situation dans tout le pays. Sur la base sur ces données, ils ont pu fournir en temps utile aux médias un rapport préliminaire crédible, déclarant que les élections du premier tour avaient été « libres, équitables et crédibles » et celles du second tour « calmes et crédibles ».

Le troisième objectif atteint par NEW a été l’organisation réussie d’un décompte parallèle des voix. Aux deux tours, et sur la base des données envoyées par les observateurs prioritaires au cours des premières heures, NEW a pu confirmer le résultat final annoncé par la NEC. A chaque fois, les résultats du gouvernement correspondaient à l’aperçu de NEW. Cela a permis d’ajouter foi à l’intégrité des données de la NEC et a montré le haut degré d’exactitude du système de diffusion rapide de NEW.

En réalisant ces trois objectifs durant les élections, NEW a atteint son plein développement en tant que mouvement national de la société civile. Le succès de NEW a été reconnu par presque tous les rapports internationaux de missions de supervision, y compris par ceux de la CEDEAO, de l’UE et du NDI. Tous ont fait l’éloge de NEW et des organisations de la société civile de la Sierra Leone pour leurs formidables contributions à la transparence des élections.

Des résultats durables

Au delà du développement de NEW et de l’IRN et du déroulement dans le calme des élections, les conséquences à long terme des élections de 2007 seront la confiance et l’énergie qu’a créé le rassemblement couronné de succès d’une armée citoyenne d’observateurs électoraux issus de la société civile. Dans le passé, la société civile avait eu tendance à être dominée par une élite immuable, non représentative de toutes les opinions en cours en Sierra Leone. Cette élection a mis en avant une nouvelle génération de membres de la société civile prêts à participer au développement de leur pays. Comme les travaux de SFCG, de l’IRN et de NEW favorisent de nouveaux partenariats au niveau local, régional et national, leur véritable impact ne sera visible que dans quelques années, lorsque de nouveaux projets, de nouvelles synergies et de nouvelles idées émergeront du creuset des élections de 2007.

Liens

Search for Common Ground

Institut démocratique nationale pour les Affaires internationales (NDI)

BBC World Service Trust

Oxfam



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