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 Numéro   | Mai 2010

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PROFILS DE TROIS RENFORCEURS DE CAPACITÉS LOCAUX
Qui sont les renforceurs de capacités locaux ?

Les renforceurs de capacités locaux (RCL) : qui sont-ils, par quoi sont-ils motivés et quels défis ont-ils à relever? Capacity.org en a interviewé trois pour tenter de répondre à ces questions.

Les RCL ont fort à faire, face aux sociétés de consultance étrangères et aux organismes d’aide subventionnés qui fournissent des services de renforcement des capacités, bien qu’ils connaissent leur terrain sur le bout des doigts, parlent la langue locale et comprennent les gens. Pourquoi, dans ces conditions, les organismes d’aide étrangers et même les instances gouvernementales nationales s’obstinent-ils, de manière discriminatoire, à ne vouloir en faire que des sous-traitants voire à refuser purement et simplement de les engager? Heinz Greijn s’est entretenu avec trois RCL pour explorer ces questions et chercher ce que l’on pourrait faire pour appuyer et entretenir le secteur émergent des RCL.

À Bentiu (Soudan), un ingénieur informe des conseillers municipaux sur les questions d’urbanisme.

Estimez-vous que les organismes d’aide étrangers vous font une concurrence déloyale? Avez-vous des preuves qui indiquent qu’ils offrent gratuitement des services à des clients qui pourraient en fait se payer les vôtres?

Peniel Certainement. Bon, pas toujours délibérément. Le personnel de certaines organisations doit fournir un certain nombre de jours de consultation et il offre de faire des travaux dont nous pourrons nous acquitter facilement et peut-être de manière plus approfondie. Ces organisations font le travail gratuitement, ou à des tarifs fortement subventionnés, ou contre des apports en nature. Nous ne pouvons pas leur faire concurrence dans de telles conditions. Je crois que ces organisations subventionnées devraient avoir un personnel minimal et sous-traiter autant que possible des renforceurs de capacités locaux. Lire plus au sujet de Peniel Uliwa...

Tam Pour moi, c’est l’inverse. C’est nous qui les dépassons. Nous fournissons un service de qualité, en mettant l’accent sur l’apprentissage. Nos clients apprécient nos méthodes d’encadrement. Nous avons plusieurs fois répondu à des appels d’offres en concurrence avec des organisations internationales et c’est à nous que le marché a été attribué. Nous parlons la langue, nous comprenons nos gens, et c’est cela qui nous donne un avantage concurrentiel. Mais nous avons également connu des cas de concurrence déloyale. Une ONG internationale peut organiser un cours de formation semblable au nôtre, mais elle assure aussi le transport de tous les participants, ou elle offre même la formation gratuitement. Nous ne pouvons pas tenir devant ça. Lire plus au sujet de Nguyen Thi Bich Tam...

Que peuvent faire les autorités, et que devraient-elles faire, pour améliorer le secteur des RCL?

Peniel Accorder aux RCL un traitement préférentiel serait vraiment d’une grande aide. S’il le faut, oui, engager des experts étrangers qui apportent leurs connaissances et permettre aux RCL de former des consortiums avec eux. Ce qui se passe actuellement, c’est que les firmes internationales prospectent les firmes locales pour en faire des sous-traitants, mais que les RCL ne font que prendre les rendez-vous et collecter les données et ce n’est pas cela qui va renforcer nos capacités. Ce devrait être l’inverse : que le gouvernement travaille avec les firmes locales et voie ce qu’il faut faire pour renforcer leurs capacités de manière à ce qu’elles soient capables de faire le travail elles-mêmes.

Pensez-vous que vous pouvez leur faire concurrence en termes de qualité et de prix?

Peniel Oui. Et si nous ne pouvons pas être concurrentiels, nous pouvons coopérer avec d’autres. Nous avons tout un réseau de firmes internationales dans lequel nous pouvons trouver des partenaires, tout comme les firmes internationales qui ont des bases de données et des réseaux de consultants dont elles se servent pour trouver des experts en cas de besoin. Les firmes de consultance internationales sous-traitent à des RCL, mais ça devrait être l’inverse.

Pensez-vous que certains clients considèrent qu’un RCL est quelqu’un qui n’est pas capable de faire un travail plus sophistiqué?

Peniel Oui et non. Je crois qu’il y a il y a effectivement dans le secteur public des institutions qui considèrent que les RCL n’ont pas suffisamment fait leurs preuves. Et pourtant, du fait des travaux que nous avons réalisés, nous possédons bien l’expérience voulue.

Moussiliou Il y a des consultants locaux qui fournissent des services de piètre qualité, certains qui sont prêts à travailler au rabais pour avoir des marchés. Et il y a des RCL qui sont disposés à graisser la patte aux fonctionnaires gouvernementaux. Plus d’une fois, après avoir soumis une proposition, j’ai découvert que le marché avait déjà été attribué en douce. Ils avaient besoin de ma proposition pour se couvrir et pour pouvoir dire qu’ils avaient appliqué les procédures requises. Une chose que le gouvernement pourrait faire pour appuyer l’émergence du secteur des RCL, ce serait de mettre fin à ce genre de corruption. Lire plus au sujet de Moussiliou Alidou...

Tam Nous sommes en concurrence avec d’autres RCL qui offrent des formations médiocres dont la description ressemble aux nôtres. D’un côté, nous nous efforçons d’améliorer la qualité de nos services, pour viser le marché haut-de-gamme. Nous proposons un produit de qualité mais un produit cher et nous devons convaincre nos clients qu’il est quand même plus intéressant de travailler avec nous, parce que la différence de qualité sera payante. Mais d’un autre côté, il peut être difficile pour le client de juger a priori de la valeur des services. Il n’y a pas de normes ou de certificats de qualité objectifs qui lui permettraient de distinguer entre les bons RCL et les autres. Le gouvernement pourrait établir un système de licence qui exigerait que les RCL répondent à certaines normes de qualités pour pouvoir offrir leurs services.

Les RCL pourraient aussi être autorisés à faire concurrence aux centres de formation internes des instances gouvernementales : les ministères dispensent eux-mêmes des programmes pour former des milliers de fonctionnaires. Ils pourraient ouvrir ces programmes à la concurrence et donner aux RCL la possibilité de faire des offres qui pourraient très bien être plus efficaces par rapport au coût e ne le sont les programmes ministériels.

Que peuvent faire les organismes d’aide étrangers pour améliorer le secteur des RCL?

Moussiliou Je crois que le secteur des RCL aurait tout à gagner s’il pouvait participer aux activités de formation et aux conférences. Mais le fait que les RCL sont souvent des entreprises privées semble poser problème pour les organismes d’aide extérieurs. Ces organismes considèrent que les RCL devraient être meilleur marché que les consultants étrangers, mais les RCL fournissent souvent des prestations de qualité égale sinon supérieure.

Tam Un autre problème à résoudre est celui du système de «normes de coûts» utilisé par la Commission européenne, l’ONU et d’autres donateurs pour sélectionner les consultants et déterminer leur rémunération. Ce système est basé sur les qualifications et les années d’expérience, mais il n’assure pas pour autant la qualité des services et il défavorise les RCL; il faut le réviser pour faire en sorte que l’on n’engage que les meilleurs consultants.

Peniel Certaines organisations s’emploient activement à déterminer les politiques qu’il faudrait adopter pour créer un environnement plus porteur pour les RCL. Mais il y a peu de coordination ou de collaboration entre elles, et pratiquement pas de débat avec les institutions du secteur public sur la façon de traiter le problème des RCL. En Tanzanie, nous commençons à identifier et à partager les bonnes pratiques concernant l’implication des RCL. Et ce type d’action concertée est également nécessaire dans d’autres domaines de spécialisation.

Interviews réalisée par Heinz Greijn

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