Dans les années 1970 et au début des années 1980, de nombreux pays en développement ont investi des montants considérables dans l'éducation et la recherche. Certains centres universitaires ont atteint des niveaux prometteurs d'excellence scientifique. L'université de Khartoum (Soudan), par exemple, était une des meilleures universités du monde en développement.
Malheureusement, les investissements n’ont pas été maintenus assez longtemps pour permettre à ces pays de développer et de maintenir une culture d'excellence dans le domaine de la recherche scientifique et de l'éducation en fonction des besoins de la société.
Aujourd'hui, la mobilisation des connaissances scientifiques, en particulier dans les domaines se trouvant aux confins de la technologie et de l'innovation, et l'utilisation de ce savoir pour résoudre des problèmes critiques, constituent de véritables gageures pour tous les pays et surtout pour les pays en développement.
Cette « nouvelle » manière de penser, toutefois, laisse une question en suspens. Si les gouvernements des pays en développement doivent de nouveau donner une place de choix à la capacité scientifique dans leur stratégie de croissance économique, comment doivent-ils s'y prendre pour combiner la science locale et le développement ? La réponse est surprenante : les solutions sont en effet multiples et certains pays en développement ont déjà pris l’initiative.
Le développement fondé sur la science
La stratégie performante de la Chine en matière de développement fondé sur la science, par exemple, s'est focalisée sur le rôle du gouvernement dans la société chinoise. Une batterie de plans gouvernementaux d’investissement dans la science a permis d'alimenter un taux moyen de croissance du PNB de près de 10 % par an pendant la dernière décennie. L'Inde s'est aussi appuyée sur de grandes orientations et de vastes programmes de l’État mais elle a également puisé dans sa population anglophone, diplômée de l'université, pour s'imposer dans le secteur des technologies de l'information. L'Afrique du Sud a tiré avantage de l'infrastructure laissée par le régime de l'apartheid pour bâtir l'économie et l’activité scientifique les plus fortes d'Afrique. Pendant ce temps, le Brésil, dont l’enseignement supérieur est peu développé, a décidé d'investir dans les scientifiques et dans les groupes de recherche ; il a renforcé ses institutions scientifiques qui sont maintenant prêtes à contribuer à l'économie.
Les pays en développement qui ont appliqué les stratégies les plus performantes de développement fondé sur la science ont jugé leurs capacités et ont conçu des plans à long terme visant à consolider leurs atouts et à surmonter leurs faiblesses.
La volonté des gouvernements
Quelques conclusions s’imposent. D’abord, l’union entre capacité scientifique et développement économique n'a jamais été aussi solide. Un nombre croissant de pays en développement montrent actuellement que les investissements dans la science sont utiles, non pas simplement pour la science, mais aussi pour la société. Ensuite, ces réformes peuvent se déployer dans des contextes politiques très divers. Leur réussite dépend de la détermination du gouvernement à agir sur le long terme et de sa volonté de donner aux populations la liberté de mettre en place des politiques et des programmes efficaces. Alors que le système politique de la Chine diffère grandement de celui du Japon ou des États-Unis, la gestion interne de ses activités scientifiques, qui mettent l'accent sur la compétitivité et les récompenses pour les bons résultats, est comparable à celle des activités scientifiques dans les deux autres pays.
Enfin, les pays en développement peuvent concurrencer sur le marché mondialisé, qui repose sur le savoir, mais à condition qu'ils investissent dans l'éducation et la formation et qu'ils offrent des possibilités de carrière aux citoyens les plus productifs.
Compte tenu des tendances actuelles, le développement durable fondé sur la science n'est pas simplement une stratégie méritant qu'on s'y attarde, elle est la seule méritant qu'on la suive.


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