Les camps de réfugiés installés près de Kasulu (Tanzanie) offrent un refuge à des milliers de personnes fuyant les conflits qui sévissent dans les pays voisins. Pour les organismes humanitaires et les ONG qui fournissent un abri et des services de base, de bonnes communications sont indispensables.
Les habitants de la région de Kigoma, située dans le nord-ouest de la Tanzanie, vivent dans des conditions difficiles. L’infrastructure est peu développée, les possibilités économiques sont limitées, et plus de la moitié de la population vit dans la pauvreté. En outre, la région accueille des réfugiés fuyant les conflits qui touchent les pays avoisinants : le Rwanda, le Burundi et la République démocratique du Congo. Trois camps de réfugiés, installés par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) près de Kasulu, offrent aujourd’hui un refuge à plus de 350 000 personnes, d’origines ethniques et religieuses diverses, et parlant un grand nombre de langues différentes. Les organisations humanitaires internationales reçoivent un appui de nombreuses ONG qui leur fournissent des abris, de la nourriture et des services de base tels que les soins de santé et l’éducation.
Il est extrêmement difficile de coordonner les actions humanitaires dans cet environnement décomposé, en raison surtout de l’absence d’infrastructure de télécommunications. Ainsi, en 1999, la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) a pris contact avec Ericsson en vue de mettre en place une infrastructure de réseau mobile dans le camp de Kasulu, dans le cadre de son programme de responsabilité sociale entrepreneuriale, « Ericsson Response ».
Des sous-traitants
Ericsson a accepté de gérer le projet et a passé des contrats en 2001 pour officialiser le partenariat. Un contrat signé avec le HCR permettait à Ericsson d’accéder à l’électricité à l’intérieur des camps. Ericsson a sous-traité auprès de Mobitel la fourniture de la téléphonie mobile sans fil et de services Internet destinés aux ONG utilisant l’infrastructure d’Ericsson dans les camps. Il était prévu qu’Ericsson se charge de l’infrastructure, tandis que Mobitel fournirait les connexions satellite et les stations de base, et gérerait le réseau. Mobitel a également accepté d’offrir ses services à des prix bonifiés aux ONG et à des prix commerciaux au reste de la région.
Tous les partenaires associés à ce partenariat public-privé en tirent avantage. Ericsson a pu élargir son programme de responsabilité sociale entrepreneuriale. Mobitel a gagné un marché captif, puisque le HCR, la Croix-Rouge tanzanienne (TRCS) et les ONG représentaient un revenu garanti. La société a également réussi à étendre ses activités dans le domaine de la téléphonie mobile parmi les autres habitants de Kigoma (entrepreneurs, agriculteurs et pêcheurs), en prenant relativement peu de risques. L’important, pour le HCR et pour les ONG, était que les communications entre les membres du personnel et les représentants des réfugiés, ainsi qu’avec le monde extérieur, soient plus rapides, plus simples et meilleur marché, qu’elles exigent un minimum de compétences techniques et de ressources. Dans ces conditions, le partenariat permet d’améliorer les capacités de chaque organisation, tout en minimisant les risques et les ressources nécessaires.
L’harmonisation des incitations
L’harmonisation des incitations est de bon augure pour le résultat de ce partenariat public-privé. Celui-ci repose sur des contrats établis en bonne et due forme qui spécifient la structure de la gouvernance et permettent ainsi de cerner aisément la responsabilité de chaque élément du réseau. Il est clair également que la conduite des opérations revient à Ericsson, en tant qu’adjudicataire de tous les contrats.
Une bonne communication est essentielle pour une coordination efficace. Les organismes humanitaires et les ONG pensent être en mesure d’apporter des réponses plus rapides et plus efficaces, et d’assurer de meilleurs services aux personnes les plus vulnérables de la région : les réfugiés.
À ce stade, il est difficile d’évaluer les impacts du partenariat sur les habitants de la région de Kigoma. Bien que l’objet du partenariat ne consiste pas directement à assurer une prestation de services destinés aux populations pauvres, il est possible toutefois que le réseau stimule le développement économique de la région, ce dont les populations pauvres bénéficieront elles aussi.
Liens
Commonwealth Policy Studies Unit (CPSU)
Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (IFRC)
Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR)
Lecture
A. Murray et al. (2002) Factors Shaping Successful Pro-poor ICT Public–Private Partnerships. CPSU.
Cet article est basé sur une étude conduite par le Commonwealth Policy Studies Unit (CPSU) du ministère britannique du développement international (DFID). La recherche était menée en collaboration avec le Bangladesh Enterprise Institute de Dakka et l’université de Dar-es-Salam (Tanzanie).



Commentaires