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 Numéro   | Mai 2010

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L’APPROVISIONNEMENT EN EAU EN AFRIQUE ORIENTALE ET AUSTRALE
L’engagement communautaire

Les agences et les gouvernements nationaux impliquent de plus en plus les communautés locales dans les actions de développement des infrastructures d’eau et d’assainissement. Pourtant, l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe souffrent d’un manque criant d’infrastructures fonctionnelles.

Selon les experts, il convient d’assurer la participation active des communautés locales au développement des infrastructures d’eau et d’assainissement. Cet engagement accru n’a cependant pas contribué à l’amélioration des infrastructures existantes. La plupart des infrastructures ne permettent pas d’assurer un approvisionnement en eau à grande échelle et les perspectives quant à leur durabilité à long terme sont sombres.

Des enfants de la tribu Karimojong (Afrique de l’Est) allant chercher de l’eau.

Les décideurs politiques accordent généralement beaucoup plus d’importance au développement des services d’approvisionnement en eau qu’à la question de l’assainissement. Dans la plupart des cas, la mise en service et l’entretien des équipements sanitaires sont effectués par les ménages eux-mêmes, alors que l’approvisionnement en eau est souvent de la compétence des communautés.

Cet article décrit les moyens permettant d’améliorer la gestion des infrastructures d’eau et d’assainissement, sur la base des expériences de la SNV en Ethiopie, au Kenya et en Tanzanie. Nous tenons particulièrement à souligner la nécessité d’une approche intégrée de l’eau et de l’assainissement dans l’objectif d’améliorer les conditions sanitaires des communautés.

Participation communautaire : l’approvisionnement en eau

D’après une étude cartographique des points d’eau réalisée en 2008 par la SNV dans dix districts ruraux de la Tanzanie, 43 % des 6 109 points d’eau existants ne sont plus opérationnels. Sur les 2 231 026 habitants de ces districts, seulement 1 517 098 personnes ont accès à une eau potable saine. Ce nombre diminue pour atteindre 870 000 personnes si l’on tient compte du fonctionnement des installations.

Il ressort de cette étude que l’accès limité aux points d’eau tient aux facteurs suivants : emplacement inadéquat des sources d’eau, technologies inappropriées, non-conformité aux normes de qualité et incertitude quant à la propriété des sources d’eau. La plupart des membres des communautés n’ont pas été consultés pendant la phase de préparation du processus de mise en place du réseau d’approvisionnement en eau, dont les infrastructures avaient pourtant déjà été construites, et l’exploitation ainsi que l’entretien confiés aux communautés. Seuls les dirigeants communautaires ont été conviés aux consultations. Les personnes les plus touchées par le manque d’infrastructures, notamment les femmes, n’y ont pas pris part. Malgré plusieurs décennies d’expérience dans le développement des infrastructures d’eau et d’assainissement, une participation véritable des communautés aux différentes phases du processus de mise en place d’un réseau d’approvisionnement en eau est encore à venir. On ignore trop souvent les besoins (technologie, niveau de service et accès aux pièces détachées, par exemple) des communautés.

Renforcer la participation communautaire en Tanzanie
Pour permettre aux communautés de se faire entendre, la Tanzanie a créé des équipes eau et assainissement au niveau des districts (DWST). Une DWST facilite les réunions communautaires et discute des avantages et des inconvénients des différentes options pour aider les communautés à faire des choix éclairés. Elle assure également la formation des membres et participe à la réparation et à la modernisation des infrastructures existantes. Lire plus...

Engagement communautaire dans l’assainissement

Les communautés estiment que l’assainissement est moins prioritaire que l’accès à l’approvisionnement en eau. Celui-ci est perçu comme une préoccupation d’ordre communal, alors que l’assainissement et l’hygiène relèvent davantage d’un comportement individuel. Dans les pays d’Afrique orientale et australe (ESA), les programmes d’assainissement sont principalement axés sur l’équipement en latrines des ménages, qui n’est qu’une partie de la solution.
Ces programmes devront non seulement reposer sur un modèle de participation communautaire, mais aussi aller de pair avec les programmes d’approvisionnement en eau. Les communautés devront disposer d’installations sanitaires appropriées pour éviter de perdre les effets bénéfiques de l’eau potable.

C’est ce qui justifie l’approche de l’Assainissement total piloté par la communauté (CLTS), de plus en plus populaire dans un certain nombre de pays ESA. L’approche CLTS vise à « choquer, faire honte et promouvoir l’action » dans le but de créer un environnement propre et hygiénique. Il conviendra d’encourager enfants et adultes à se laver les mains avec du savon ou des cendres et de favoriser l’acquisition de comportements vertueux. Au cours du processus de planification et d’évaluation de l’approche CLTS, d’autres aspects liés au changement de comportement relatif à l’hygiène ont été identifiés. On est passé de la simple construction de latrines familiales à la création de villages « sans défécation en plein air » (ODF). Sont présentés ci-après les résultats de initiatives CLTS lancées en 2008.

L’approche CLTS dans le sud de l’Ethiopie
En 2008, SNV Ethiopie a apporté son concours aux autorités gouvernementales locales dans six districts du sud de l’Ethiopie pour mettre en œuvre une initiative CLTS dans 52 villages et les aider à accéder rapidement au statut de village ODF. SNV, en collaboration avec les institutions de renforcement des capacités locales, a assuré la formation de 250 fonctionnaires et de 7 ONG locales. Lire plus...

Une autre approche prometteuse consiste à initier des programmes WaSH dans les écoles, à travers la mise en place d’infrastructures hydrauliques et sanitaires (approvisionnement en eau, latrines, lavage des mains) lorsque celles-ci font défaut. En témoigne cet exemple : dans dix écoles de Mwanza (Tanzanie), 8 453 élèves se partagent 57 latrines, soit environ 1 latrine pour 150 élèves, alors que la moyenne nationale est de 1 latrine pour 20 filles et 1 latrine pour 25 garçons. Un programme WaSH en milieu scolaire a pour avantage de toucher un maximum d’enfants. La promotion et la sensibilisation à l’hygiène dans le cadre des programmes scolaires peuvent exercer une influence majeure sur le comportement des enfants. Ces derniers peuvent agir comme agents du changement en diffusant des messages vantant l’amélioration de l’assainissement et de l’hygiène au sein de leurs communautés.

L’initiative CLTS en milieu scolaire, Eldoret (Kenya)
En 2008, dans le cadre d’un programme d’évaluation « de routine » mené à Eldoret par le département municipal de l’éducation dans 42 écoles primaires publiques et 94 écoles primaires privées, il a été établi que le manque d’hygiène et d’installations sanitaires était l’un des problèmes les plus significatifs affectant les performances de quelque 47 000 élèves scolarisés. Lire plus...

Conclusion

Au cours de la Décennie internationale de l’eau potable et de l’assainissement (1981-1990), les gouvernements ont été encouragés à « porter une attention croissante à l’éducation sanitaire et à la participation communautaire, ainsi qu’à la nécessité de consolider les liens opérationnels entre les agences sanitaires et les services d’approvisionnement en eau ». Près de 20 ans plus tard, les programmes d’approvisionnement en eau ne vont pas forcément de pair avec les programmes d’assainissement, et la participation véritable des communautés fait encore défaut. Pour continuer sur une note plus optimiste, force est de constater que les approches intégrées assorties d’une forte participation communautaire gagnent du terrain dans les pays ESA. Toutefois, la lenteur de leur mise en œuvre ne permettra pas d’atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) d’ici 2015. Selon la tendance actuelle, on estime qu’à cette date 234 millions de personnes n’auront toujours pas accès à l’eau et 317 millions de personnes n’auront pas accès à des installations sanitaires en Afrique subsaharienne.

Références bibliographiques



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