On constate maintenant un consensus général sur la nécessité de développer l’éducation pour les filles, en particulier grâce à des partenariats bien coordonnés. Nitya Rao et Ines Smyth font le point sur quelques expériences de partenariats destinés à encourager l’éducation des filles.
Pendant les années 90, le nombre de filles scolarisées dans l’enseignement primaire s’est accru dans la plupart des pays en développement. De nombreux pays, toutefois, connaissent encore de fortes disparités en faveur des garçons, en particulier en ce qui concerne les taux d’abandon, de redoublement et d’achèvement de la scolarité, et les niveaux atteints. Ces disparités expliquent le consensus mondial sur la nécessité d’encourager l’éducation des filles, en améliorant surtout la coordination et les partenariats.
Un livre récent, Partnerships for Girls’ Education, porte sur les partenariats dans différents contextes, notamment au Bangladesh, en Égypte, au Pérou et aux Philippines. Malgré les différences au plan de l’idéologie, de l’étendue, des intentions et des réalisations, ces expériences de partenariats nous apportent des enseignements utiles sur les facteurs qui entravent et ceux qui favorisent l’efficacité des partenariats.
Pour comprendre les partenariats, et en établir d’efficaces, il faut tenir compte des relations de pouvoir entre les différents groupes et institutions de la société. Au Bangladesh, par exemple, la volonté des pouvoirs publics de contrôler les organisations de la société civile freine souvent le bon fonctionnement d’établissements éducatifs gérés par des ONG.
Dans tout partenariat associant des organisations qui présentent de grandes différences au plan du pouvoir, le partenaire le plus puissant risque d’absorber les partenaires plus petits. Pourtant, des collaborations de ce type présentent également des potentiels considérables. Les petites organisations sont souvent plus performantes dans la mise en œuvre de programmes éducatifs novateurs, par exemple, tandis que les interlocuteurs plus importants peuvent offrir des économies d’échelle et des ressources à y investir.
La réussite dépend également de la nature des partenariats. Les alliances peu rigoureuses ont tendance à être plus performantes que les accords stricts et bureaucratiques.
Plus les membres d’une alliance sont proches en ce qui concerne les valeurs qu’ils défendent, plus leur fonctionnement promet d’être souple. Les valeurs communes peuvent aussi donner l’élan nécessaire pour des interventions innovantes. Au Pérou, par exemple, les populations indigènes ont constitué une fédération pour revendiquer le droit d’être consultées sur l’éducation de leurs enfants. Le processus a généré de nouvelles alliances visant à défendre l’éducation interculturelle.
Le leadership et les ressources
Plusieurs cas montrent l’importance d’une médiation et d’un leadership forts dans les partenariats. En Égypte, l’Unicef a tenu ce rôle dans un partenariat associant des populations locales, des ONG et les pouvoirs publics, unis dans leur action en faveur de l’éducation des filles.
Une autre leçon nous apprend la nécessité pour tous les partenaires, en particulier les mieux dotés, d’être disposés à investir du temps, de l’argent et du personnel. Ils doivent aussi soutenir les innovations et reproduire les bonnes pratiques. Tel est le message qui ressortait clairement des expériences des alliances communautaires pour l’éducation des filles, appuyées par la Campagne pour l’éducation des filles (Camfed). Opérant au Ghana, en Zambie et au Zimbabwe depuis 1993, la Camfed permet aux filles de terminer leur scolarité et les encourage à piloter le changement dans leur village ou leur quartier. En 2003, la Camfed avait permis à 56 208 filles de ne pas abandonner l’école.
Enfin, il est important que les partenaires cherchent à atteindre non pas « le plus petit dénominateur commun », mais les normes les plus élevées, inscrites dans une vision bien définie. Selon l’Organisation des femmes pour l’environnement et le développement (WEDO), même les Objectifs du millénaire pour le développement ne sont « qu’un ensemble d’objectifs minimums nécessaires, mais non suffisants, pour le développement humain ». Bien que la date limite pour la première cible de l’Objectif 3 (Éliminer les disparités entre les sexes dans les enseignements primaire et secondaire d’ici à 2005, si possible, et à tous les niveaux de l’enseignement en 2015 au plus tard) soit déjà passée, il ne faut pas pour autant abandonner les partenariats pour l’éducation des filles. Ce rendez-vous raté doit au contraire donner un élan qui revitalise les partenariats afin de garantir la réalisation de l’objectif pour 2015.
Liens
Campagne pour l’éducation des filles (Camfed)
Campagne mondiale pour l’éducation (GCE)
Initiative des Nations unies pour l’éducation des filles (INUEF)
Unicef. Éducation de base et égalité des sexes
Organisation des femmes pour l’environnement et le développement (WEDO)
Lecture
N. Rao et I. Smyth (2005) Partnerships for Girls’ Education. Oxford: Oxfam.
K. Tomasevski (2003) Education Denied: Costs and Remedies. Zed Books.
Projet du millénaire des Nations unies (2005) Taking Action: Achieving Gender Equality and Empowering Women. Équipe du projet sur l’éducation et l’égalité des sexes. Earthscan/PNUD.
WEDO (1998) Mapping Progress: Assessing Implementation of the Beijing Platform of Action. Organisation des femmes pour l’environnement et le développement.
Forum mondial sur l’éducation (2000), Cadre d’action de Dakar, Dakar, Sénégal.
Dakar Framework for Action. WEF, Dakar, Senegal.




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