Le projet ISDA encourageait une méthode communautaire de la gestion des ressources naturelles. Son expérience a révélé qu’il est indispensable de recourir à des « champions» d’influence pour élaborer une vision commune du changement et assurer la pérennité des changements.
En 1997, le gouvernement sud-africain a lancé le programme National LandCare au sein du ministère de l’agriculture. LandCare est une méthode communautaire de la gestion des ressources naturelles, appuyée par le gouvernement en partenariat avec divers groupes. Un de ses grands principes consiste à employer des techniques participatives pour la conception, la mise en route et la gestion des projets.
Dans le cadre de ce programme, le projet Institutional Strengthening Departments of Agriculture (ISDA) visait à renforcer les capacités du personnel des services provinciaux et nationaux du ministère de l’agriculture dans le domaine des méthodes participatives. Le projet ISDA s’est heurté à de nombreuses difficultés, en particulier à la confusion entre les méthodes traditionnelles de conservation des sols et celle de LandCare, au financement annuel basé sur des projets, et aux structures hiérarchiques et bureaucratiques du ministère.
Un savoir partagé
Initialement, l’ISDA devait inciter au changement, concevoir une vision des changements nécessaires, développer les capacités requises et prendre les premières mesures pratiques. Compte tenu des difficultés rencontrées, il était important pour l’ISDA que les principaux acteurs acquièrent des connaissances communes sur LandCare. Pour y parvenir, le projet fit en sorte que le personnel des départements ministériels qui était associé au programme voie de lui-même les éléments assurant le succès du projet LandCare et qu’il participe à des débats à ce sujet.
Malgré les belles paroles sur LandCare, nombreux étaient les membres du personnel n’ayant aucune expérience dans le domaine des approches communautaires. Ils cherchaient à saisir comment une telle technique pouvait fonctionner dans la pratique et doutaient qu’elle soit réellement applicable. Au-delà des textes et des débats sur LandCare, il fallait, comme on dit, le voir pour le croire.
Nous avons donc organisé plusieurs visites locales, provinciales et internationales sur le terrain, sur le thème «regarder et apprendre». Ces visites s’adressaient à divers acteurs, en particulier au personnel ministériel. Au cours des visites, nous centrions les débats et déterminions les éléments caractéristiques d’un projet performant de LandCare à l’aide des principes directeurs des bonnes pratiques de LandCare, établis lors de l’évaluation de projets antérieurs. Les participants étaient encouragés à débattre de chaque projet à la lumière des principes directeurs et à participer à des processus de groupe visant à consolider leur détermination à agir dans la ligne de leurs expériences et des connaissances qu’ils avaient acquises au cours des visites sur le terrain. Grâce à celles-ci, ils pouvaient constater d’eux-mêmes la réalité des approches communautaires. Une fois rentrés chez eux, ils souhaitaient les partager avec leur propre communauté.
Des «champions»
Nous avons alors eu l’idée de faire appel à des « champions » pour constituer un petit groupe de personnes motivées mais également capables d’expliquer aux autres la démarche de LandCare. Nous nous sommes adressés à des managers expérimentés, vu que l’appui à la gestion peut être nécessaire pour faciliter l’évolution des structures, des processus internes et des contextes culturels qui devait bousculer efficacement l’approche traditionnelle, de haut en bas, souvent préjudiciable aux méthodes participatives.
Néanmoins, l’influence de nos champions n’a probablement pas été suffisante. Nous aurions dû déployer de plus grands efforts à un stade antérieur du projet pour cibler des ministres, des chefs de service, des responsables d’ONG, d’organismes de recherche et de mouvements citoyens et donner suite à leur action. Ces individus prééminents auraient peut-être exercé une plus grande influence en faveur des actions de l’ISDA et auraient renforcé les succès et la viabilité institutionnels de LandCare.
Les enseignements tirés de l’ISDA portent à penser que le changement culturel exige un appui et des interventions de haut niveau si l’on veut élaborer une vision commune du changement et appuyer le renforcement des capacités.
Le projet ISDA, conduit en Afrique du Sud de 2001 à 2004, était financé par l’Agence australienne de développement international (AusAID). Une version intégrale de cet article (en anglais) est disponible sur www.capacity.org.
Liens
Les projets Lwatshatsimu de Landcare International: Landcare International Group Award 2006, présentation des projets proposés
Ministère de l’agriculture, LandCare Afrique du Sud
Rural Industries Research and Development Corporation (RIRDC), Cooperative venture for capacity building in rural Australia.
Lecture
R. Cacioppe (1998) Getting change to stick, HR Monthly 20: 22.
R. Holt (2004) Towards Sustainable Landcare Practices in South Africa: Caring for our Land, Caring for our People. Ministère de l’agriculture, Afrique du Sud.
T. Nabben (2006) Capacity building: Lessons learnt from South African LandCare, in R.J. Petheram et R.C Johnson (eds) Practice Change for Sustainable Communities. Proc. APEN Conference, La Trobe University, Victoria, Australie.
J. Prior (2002) Assessment of Past Experiences in Natural Resources Management, ISDA Milestone report, 2 vol.



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