Vous êtes dans : > Accueil > Revue > Stratégie > Appui aux dével...



 Numéro   | Mai 2010

Menu de gauche



RENFORCEMENT ET AVENIR DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR EN AFRIQUE
Appui aux développeurs de capacités locaux

Le renforcement des capacités locales en Afrique dépend au premier chef du renforcement de l’enseignement supérieur. Négligé pendant des années, le développement des universités et des établissements de formation supérieurs retrouve progressivement sa place à l’ordre du jour.

Cours magistral à l’université de la Zambie à Lusaka.

Médecins, ingénieurs, enseignants, économistes, agronomes, vétérinaires, planificateurs et décideurs politiques sont tous formés dans des établissements d’enseignement supérieur. Et ils doivent être disponibles en nombre suffisant dans les pays pour que ceux-ci puissent espérer parvenir à un développement véritable et de qualité. Or c’est en Afrique que les taux d’inscription dans l’enseignement supérieur sont les plus faibles.

Alors que dans les pays développés le taux de scolarisation dans l’enseignement supérieur atteint 50 %, ce chiffre n’est que de 5 % en Afrique et d’environ 2 % dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne. Il faut de toute évidence des ressources massives, financières, humaines, techniques et logistiques, ainsi qu’une volonté politique résolue, pour que les pays pauvres comblent l’écart qui les sépare du reste du monde.

Et il importe de combler cet écart. En effet, le XXIe siècle est décrit comme «l’ère de la connaissance » ou «l’âge de l’information», reflétant par là cette réalité contemporaine qu’est la forte dépendance de l’économie mondiale à l’égard des connaissances, de leur production, de leur organisation et de leur diffusion. La connaissance est une monnaie puissante, objet d’une concurrence souvent agressive entre les nations. Les pays ont besoin d'institutions de producteurs, de courtiers et d’incubateurs de connaissances pour accroître leur compétitivité au niveau mondial.

Que se passe-t-il en Afrique ? Depuis une dizaine d’années environ, on note une augmentation considérable des inscriptions dans l’enseignement supérieur; les taux restent toutefois très bas par rapport au reste du monde et les obstacles qui s’opposent à leur relèvement sont alarmants. Plusieurs facteurs sont ici en cause :

  • Les origines postcoloniales de l’enseignement supérieur en Afrique;
  • Les politiques malencontreuses de la Banque mondiale, notamment l’ajustement structurel agressif et les réductions forcées des dépenses de services publics;
  • La mauvaise gestion économique des gouvernements nationaux, la répression politique et les conflits internes;
  • L’exode massif des cerveaux qui prive l’Afrique de ses meilleures ressources humaines.

Sous l’impulsion de l’économie des connaissances et vu l’évolution de la conjoncture macroéconomique, notamment la libéralisation, on reconnaît de nouveau en Afrique l’importance du rôle de l’enseignement supérieur dans le renforcement des capacités locales et dans la participation des pays aux échanges mondiaux. On reconnaît également de plus en plus que l’accès aux connaissances venues d’ailleurs et leur utilisation exigent eux-mêmes certaines capacités pour les interpréter et les adapter aux spécificités nationales et locales.

Il faut disposer de capacités locales sous forme d’une part de courtiers qui comprennent ces connaissances et ces informations et qui les communiquent et les partagent, et d’autre part d’universités qui mènent des recherches pour produire et diffuser des connaissances. Ces centres vitaux de connaissances doivent être soutenus par des ressources adéquates et des politiques robustes.

L’exode des cerveaux vers les pays en développement prive l’Afrique d’acteurs clés de transformation sociale, économique et culturelle. Il y a plus de médecins nigérians, éthiopiens et ghanéens qui pratiquent aux États-Unis et en Europe que dans leurs pays respectifs. Dans une province canadienne, on compte plus de 270 médecins de famille et près d’une centaine de spécialistes de la santé sud-africains.

Les jeunes Africains qui s’expatrient pour aller étudier à l’étranger aggravent la situation. Nombre d’entre eux ne rentrent pas au pays une fois leurs études terminées, ce qui réduit d’autant les sources de connaissances disponibles dans la région.

On constate en revanche, phénomène ironique, un afflux de consultants venus d’ailleurs. Selon la Banque mondiale, les consultants extérieurs coûtent à la région jusqu’à 4 milliards de dollars EU par an, qui auraient pu constituer des revenus pour des ressortissants africains. La pratique généralisée de l’embauche de tels consultants, grassement rémunérés, est une entrave énorme aux efforts de renforcement des capacités et elle a parfois pour effet de réduire les capacités locales existantes et de démoraliser les gens.

L’inaptitude à conserver les capacités locales présentes constitue un autre obstacle. Les pays ont, pour de nombreuses raisons, de faibles capacités d’absorption des diplômés et ceux-ci sont souvent réduits au chômage ou sous-employés.

Enfin, une autre difficulté qui commence à se manifester est celle du départ en retraite de certains enseignants et membres d’autres professions hautement qualifiés. Certains pays ont repoussé l’âge de la retraite en raison des difficultés à recruter des remplaçants, provenant de ce que les établissements d’enseignement supérieur ne jouissent plus du même prestige et qu’ils ont perdu de leur attractivité.

Développement de l’enseignement supérieur en Afrique

Les instances gouvernementales nationales, les organisations bilatérales et multilatérales et les institutions philanthropiques internationales ont entrepris de contribuer à la revitalisation de l’enseignement supérieur en Afrique. Parmi les conditions essentielles à réunir figurent la bonne gestion, les moyens financiers, un personnel compétent et motivé, un programme de recherche judicieusement organisé et des politiques d’éducation adaptées aux besoins nationaux.

Le problème des moyens financiers est d’une importance critique. De nombreuses annonces d’augmentation des financements pour la recherche et le développement ont été faites au niveau national, régional et mondial, mais pratiquement aucun pays d’Afrique subsaharienne n’est passé à l’action. La Tanzanie, toutefois, a récemment porté sa contribution à la R&D de 0,3 % à 1 % de son PIB, augmentation de 300 % dont on espère qu’elle aura un impact réel sur le développement des systèmes de connaissances de la nation.

Choix stratégiques à opérer

Développer et employer l’expertise locale
Vu le peu de personnel spécialisé dont elle dispose, l’Afrique doit intensifier ses efforts pour accroître leur nombre. Les taux élevés d’inscription dans l’enseignement supérieur enregistrés durant la décennie écoulée doivent se maintenir, mais l’accent doit être mis aussi sur la qualité, les nombres à eux seuls ne suffisant pas à renforcer les capacités.

Par ailleurs, il existe souvent des divergences entre les besoins d’un pays et les produits de la formation et de l’éducation dispensées dans ses institutions. L’Afrique souffre d’un manque aigu de compétences dans les domaines de la santé, de la construction et des technologies de l’information, par exemple, mais ses institutions produisent des diplômés dans des domaines où la demande est faible et en diminution. Les politiques de l’éducation appliquées par les pays doivent permettre à ceux-ci d’accroître leur compétitivité au niveau mondial.Il faut également faire un meilleur usage du capital humain. Les diplômés africains sont souvent chômeurs ou sous-employés. On offre des ponts d’or aux consultants de l’extérieur, mais les spécialistes locaux, employés sur place ainsi qu’à l’étranger, ne sont pas, eux, rémunérés au même tarif.

Accroître les ressources allouées

Le renforcement des capacités exige des ressources financières, humaines et institutionnelles. On ne saurait envisager la création de solides capacités de renforcement des capacités sans un soutien financier et logistique à long terme du gouvernement, des organismes de développement et des organisations philanthropiques, ainsi que des établissements d’enseignement privés. À présent que l’importance vitale de l’enseignement supérieur pour le développement national a été proclamée, la mobilisation de ressources, on peut le constater, devient facile, malgré l’effet négatif que peut avoir la crise économique mondiale. Il s’agit également de faire un emploi judicieux et efficace des ressources limitées disponibles.

Saisir les opportunités technologiques
Le développement sans précédent des technologies de l’information et des communications a porté le télé-enseignement à de nouveaux niveaux. L’exploitation de la masse d’information disponible sur Internet exige de solides aptitudes de chasseur-cueilleur. Où commencer? Certaines grandes universités, telles que le Massachusetts Institute of Technology des États-Unis, ont affiché leur cursus d’études en ligne et permettent à tout le monde d’y accéder et de s’en servir.

Enrayer l’exode des cerveaux
L’exode des cerveaux semble se ralentir et les Africains devenir plus nombreux à rechercher du travail en Afrique, mais le problème est toujours présent; il est particulièrement aigu dans le domaine de la santé. Il s’agit donc de recourir aux réseaux d’expatriés de par le monde et d’offrir aux spécialistes formés la possibilité de travailler dans leur pays d’origine. La diaspora intellectuelle pourrait jouer un rôle pivot dans le renforcement des capacités locales en tant que source de chercheurs, de consultants, de praticiens, etc.

Il est également important de veiller à ce que les spécialistes ayant reçu une solide formation professionnelle présents en Afrique ne s’en aillent pas. Il est difficile, en effet, de rappeler les gens qui sont partis et de les encourager à revenir avec armes et bagages. Il serait de meilleure stratégie de les inciter à rester en Afrique dans le cadre des initiatives de renforcement des capacités. Il faut pour cela leur offrir des conditions de travail appropriées, une rémunération et des avantages sociaux attractifs et la liberté d’exercer leurs talents et leurs aptitudes intellectuelles.

Renforcer la coopération régionale
Il importe, dans le renforcement des capacités au niveau national, d’éviter les efforts futiles consistant à vouloir offrir des programmes complets dans tous les établissements. La multiplicité des disciplines et des domaines est telle qu’il est impossible de proposer tous les programmes au niveau national, ni même au niveau régional. Il en est ainsi tout particulièrement des petits pays ou de ceux où les systèmes nationaux de connaissances en sont à leurs premiers pas. Les petits pays doivent faire équipe au niveau régional dans le cadre de partenariats qui tirent parti des avantages relatifs de chacun d’eux et de leurs institutions. Il est encourageant de voir le nombre de pays d’Afrique qui se tournent vers les partenariats régionaux pour développer leurs capacités en déployant des moyens technologiques.

Établir un environnement porteur
Même si les ressources étaient illimitées, le renforcement des capacités nationales en matière de connaissances ne peut pas tout faire. L’environnement intellectuel où les connaissances sont cultivées et transmises doit être exempt de répression, de crainte et d’intolérance. La liberté académique, celle d’écrire, de parler et d’enseigner, et l’autonomie des institutions sont indispensables au développement absolument de la créativité.

Le renforcement des capacités locales exige des politiques cohérentes, un environnement porteur, des appuis financiers considérables et une volonté politique résolue. L’Afrique a connu des problèmes dans le passé, mais dans le contexte actuel caractérisé par la prolifération des connaissances et la montée de la compétitivité mondiale, elle doit se doter de ses propres capacités et d’un système de connaissances approprié. Ce n’est qu’alors qu’elle pourra entrer au XXIe siècle sur un pied d’égalité avec le reste du monde.

Liens



Veuillez ajouter un commentaire

Commentaires

Il n'y a pas encore de commentaires.