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 Numéro  35 | Décembre 2008

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Le renforcement des capacités dans des environnements fragiles

La notion d’« Etat fragile » est entrée dans le vocabulaire de l’aide au développement au début des années 90 à l’époque où la gouvernance se désintégrait en Somalie. Des milliers de gens ont été victimes de la violence et des millions sont morts de faim. Cependant, les politiques de développement ne s’intéressaient pas aux États fragiles. Les pays donateurs dispensaient l’essentiel de leur aide à quelques pays, en particulier à ceux qui pratiquaient une bonne gouvernance.

La situation a radicalement changé après l’attaque du World Trade Centre à New York le 11 septembre 2001. Brusquement, les États fragiles se sont vu accorder la priorité dans le calendrier du développement. Avant cet événement (connu désormais sous le nom de 9/11), être actif dans les États fragiles était souvent considéré comme un effort ingrat et une perte de ressources. Il est clair aujourd’hui que les besoins de développement de certains États fragiles ne peuvent être ignorés. Depuis 9/11, de nombreux donateurs ont élaboré des stratégies pour travailler dans et avec ces pays.

Les causes de l’instabilité étaient très diverses par pays, mais l’environnement qui en découle est toujours précaire et chaotique. Il est difficile de savoir par où commencer pour transformer cette insécurité en stabilité. Comme l’explique Derrick Brinkerhoff dans son article, il n’existe aucun modèle pour la réalisation des objectifs de développement dans les États fragiles, seulement des principes généraux pour un renforcement efficace des capacités.

Pour la communauté internationale, l’État est une notion clé. Cependant, un État fragile dispose par définition d’une capacité de prise en charge extrêmement limitée. Il faut donc prendre soin de donner la priorité aux initiatives de renforcement des capacités. Les États fragiles doivent décider des capacités étatiques essentielles qui doivent être renforcées afin que leur gouvernement puisse rapidement assumer son rôle d’unificateur national.

A court terme, le rétablissement de la fourniture de services prime sur le renforcement des capacités étatiques essentielles. Dans son article, Juana de Catheu note que la fragilité d’un pays peut être telle qu’aux premiers stades de redressement presque toutes les fonctions gouvernementales, même les plus importantes, doivent être confiées à des acteurs extérieurs. Tout en prenant le relais provisoirement, la communauté internationale doit pouvoir renforcer les capacités émergentes là où elles se cristallisent.

Un environnement national stable est indispensable à la réussite. Toga McIntosh, le ministre de la Planification et des Affaires économiques du Liberia, nous parle de l’importance de la démobilisation des anciens combattants pour éviter que le pays ne retombe dans le conflit. Le renforcement des capacités de l’Etat à assurer la sécurité peut être une puissante source de légitimité de l’Etat, ce qu'illustre Olaf Juergensen avec l’exemple du Mozambique. S’appuyant sur les exemples de l’Irak et des Moluques, Peter Brorsen montre l’importance cruciale de la sécurité pour qu’un gouvernement puisse établir une relation de confiance avec la société civile.

La gestion des finances publiques et des marchés publics sont une autre importante capacité étatique devant être renforcée à un stade précoce. Sanjeev Gupta du FMI explique comment les institutions fiscales servent aussi à coordonner l’aide étrangère. Elles renforcent les possibilités d’intégrer un plus grand volume d’aide et permettent donc le renforcement des capacités dans tous les autres secteurs.

La répartition des rôles entre acteurs étatiques et non étatiques est un autre sujet de discussion dans l’aide apportée aux États fragiles. John Wood explique comment à Haïti, la communauté internationale a largement soutenu les organisations de la société civile afin d’apporter une aide humanitaire aux pauvres. Ces organisations fonctionnent souvent parallèlement aux institutions étatiques. Pour certains, c’est un problème ; pour d’autres, une solution. McIntosh affirme que la répartition des rôles entre acteurs non étatiques au Liberia peut aussi être confuse. Avec plus de 90 ONG internationales et près de 700 ONG locales dans un aussi petit pays, les initiatives de renforcement des capacités au Liberia se sont fragmentées. Le fait que de nombreuses ONG ont tendance à concurrencer le secteur privé aggrave encore la situation.

Ambrose James et Frances Fortune montrent le rôle positif qu’ont joué certaines organisations de la société civile en Sierra Leone et décrivent l’importante contribution de ces organisations lors des élections.

Tous les articles de ce numéro montrent qu’un leadership responsable et l’aptitude à unir les gens derrière une vision commune sont des éléments clés pour parvenir à la stabilité dans des environnements fragiles. Ces capacités ne peuvent être ni sous-traitées, ni créées de toutes pièces. Elles doivent être cultivées chaque fois que c’est possible.



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