On pourrait penser que la récente flambée des prix alimentaires mondiaux offre une possibilité aux 450 millions de petits exploitants agricoles du monde en développement. Mais trop peu réagissent par un accroissement de leur production. Pourquoi en est-il ainsi ? Dans le présent numéro de Capacity.org, Jack Wilkinson, l’ancien président de la Fédération internationale des producteurs agricoles (FIPA), et lui-même agriculteur, donne une réponse rhétorique : « Imaginez que vous soyez agriculteur dans une zone où il n’y a ni route, ni système de crédit, et que vous ayez pourtant entendu parler d’une pénurie alimentaire mondiale. Cela ne signifierait rien pour vous, car vous seriez trop éloigné de tout le système ».
La gestion de la crise alimentaire demandera un environnement favorable et des prix avantageux aux petits agriculteurs pour qu’ils accroissent leur production. Cela demandera aussi une amélioration de leurs moyens de subsistance et de leurs conditions de travail. Il faut donner aux petits agriculteurs la possibilité de renforcer leur position dans les chaînes de valeur alimentaires mondiales. La chaîne de valeur représente la séquence d’activités le long de laquelle de la valeur est ajoutée à un produit depuis sa forme brute jusqu’à ce qu’il parvienne au consommateur. Plus les agriculteurs prennent part aux chaînes de valeur, plus ils bénéficient de prix avantageux et mieux ils peuvent faire face à la crise alimentaire. Cependant, les petits agriculteurs sont souvent des participants marginaux des chaînes de valeur et les organisations de producteurs peuvent les aider à y consolider leur position. Le renforcement des capacités des organisations d’agriculteurs devrait donc être considéré comme un élément important d’une stratégie plus large visant à gérer la crise alimentaire mondiale.
Dans l’article principal de ce numéro, Jos Bijman et Giel Ton donnent un aperçu des différents types d’organisations de producteurs et de leurs fonctions, ainsi que des manières dont elles peuvent aider les petits agriculteurs à se positionner dans les chaînes de valeur. Dans la colonne Opinion, Agnes van Ardenne explique que les organisations de producteurs sont également d’importants intermédiaires grâce auxquels les gouvernements, les organismes de développement et les acheteurs industriels peuvent établir le contact et négocier des accords avec les agriculteurs. Le renforcement des capacités des organisations de producteurs est donc une très bonne chose. Mais de quels types de capacités ont-elles besoin pour se développer, et de quelle manière ?
Martin Prowse pense que pour que les agriculteurs concluent avec succès des accords d’agriculture contractuelle avec des acheteurs, les organisations de producteurs doivent renforcer leurs capacités de commercialiser leurs denrées plutôt que de se concentrer sur la fourniture de biens publics à toute une communauté. Joseph Nkandu explique le « modèle d’appropriation agricole » dans lequel les agriculteurs, et non les organisations de producteurs, restent propriétaires du produit et élargissent progressivement leurs activités tout au long de la chaîne de valeur. Selon ce modèle, les organisations de producteurs doivent renforcer leurs capacités à fournir des services aux agriculteurs plutôt que de jouer un rôle d’intermédiaire aliénant les agriculteurs. Julio Berdegué avance que les organisations de producteurs couronnées de succès fonctionnent comme des instruments de changement et sont bien intégrées dans des réseaux qui génèrent des idées, des ressources et des possibilités pouvant être partagées entre les adhérents.
Toute organisation de producteurs devrait rester maître du renforcement de ses capacités. Cela peut être difficile, vu que les organismes de développement vont souvent valoir leurs propres priorités et idées sur ce que devrait faire une organisation de producteurs. Pour éviter que ce soient les préférences des organismes de développement qui dictent le renforcement des capacités, Peter Otimodoch introduit un programme de développement intitulé « Tisser la toile » pour un renforcement équilibré des capacités. Dave Boselie présente le cas d’une plantation d’agrumes en Afrique du Sud où la communauté locale et les ouvriers sont copropriétaires de l’affaire et reprennent progressivement toutes les tâches de gestion. Jack Wilkinson souligne que les praticiens du renforcement des capacités devraient fuir les idées préconçues. Il importe qu’ils se mettent à regarder le monde par les yeux des agriculteurs et des responsables des organisations de producteurs afin de comprendre les défis auxquels ils sont confrontés, leurs ambitions et la meilleure façon de les réaliser.
Heinz Greijn, Rédacteur en chef
L’équipe de Capacity.org tient à remercier Hedwig Bruggeman, directrice d’Agri-ProFocus, Pays-Bas, pour sa contribution au présent numéro.



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