Regardez au hasard une petite annonce pour un emploi. Le profil demandé mentionnera très probablement « excellentes aptitudes au travail en réseau ». Si, bien souvent, cela signifie simplement avoir un carnet d’adresses bien rempli, l’expression toutefois prend de plus en plus le sens de capacité à s’engager dans un réseau de professionnels, à l’organiser ou même à le diriger. On entend ici par réseau un groupe d’individus ou d’organisations qui partagent une même préoccupation ou un même centre d’intérêt. Et qui apportent leur savoir, leur expérience et leurs ressources pour apprendre et agir ensemble ou pour réaliser un but commun.
Les réseaux de ce type ont gagné du terrain dans de nombreuses sphères. La coopération internationale au développement ne fait pas exception. Selon le PNUD[1], le nombre des réseaux internationaux d’ONG était d’environ 20 000 en 2003. Ce chiffre augmente, grâce aux progrès de la technologie et de l’information et à un meilleur accès à celles-ci. En outre, les bailleurs de fonds comprennent que les réseaux peuvent constituer des instruments utiles pour le développement et ils sont donc disposés à investir dans ce domaine.
De même que les organisations, les réseaux ont des configurations et des tailles diverses. À un extrême, on trouve des communautés de pratique souples, peu structurées, dont la direction, supposant qu’il y en ait une, est partagée. À l’autre extrême, les réseaux sont dotés d’un secrétariat, d’un dirigeant reconnu et d’un programme d’action bien défini. La structure d’un réseau peut évoluer avec le temps selon la cause qu’il cherche à servir, et en fonction de facteurs internes et externes. On peut donc distinguer plusieurs sortes de réseaux : les communautés de pratique, les réseaux de savoir, les réseaux sectoriels, les réseaux de changement social ou de plaidoyer et les réseaux prestataires de services[2]. Ce numéro de Capacity.org a pour thème les réseaux de plaidoyer et les réseaux sectoriels. Nous aborderons d’autres types de réseaux dans les numéros à venir.
Bien que l’on fasse souvent grand bruit du potentiel des réseaux, il reste difficile de comprendre comment ils se développent. L’influence et la pérennité sont-elles simplement une question de taille ou bien la direction assume-t-elle aussi une fonction importante ? Les réseaux doivent-ils nécessairement être pérennes ? Et quelle est l’incidence de l’engagement des bailleurs ? Les membres potentiels font-ils une analyse coûts-avantages avant d’adhérer ? Faut-il payer des frais de transaction ? Certes, aucune formule ne garantit l’échec ou le succès, mais certaines indications permettent de penser que les réseaux efficaces, c’est-à-dire ceux qui réalisent leurs objectifs, se caractérisent par un capital social fort, une direction, une gouvernance et une gestion bien marquées, un apprentissage commun et des partenariats réciproquement bénéfiques avec les donateurs. Chacun de ces points mériterait d’être approfondi.
En ce qui concerne le renforcement des capacités par les réseaux et par l’intermédiaire des réseaux, de nombreuses questions surgissent. La capacité d’un réseau se limite-t-elle aux capacités associées de ses membres ? Est-elle plus que la somme de ses éléments ? De quelles capacités un réseau a-t-il besoin pour pouvoir fonctionner ? Comment les réseaux optimisent-ils l’utilisation des technologies de communication modernes ? Quelles capacités le réseau génère-t-il une fois mis en place ?
Les articles de ce numéro de Capacity.org apportent des éléments de réponse à certaines de ces questions et en soulèvent d’autres. L’article principal prête même à controverse en prétendant que, dans la pratique, les réseaux ne renforcent pas nécessairement l’influence de la société civile ; une fois engagés dans un dialogue, ils investiraient la majeure partie de leur énergie dans la collaboration interne.
Vous êtes convié à partager vos idées et vos points de vue.
[1] PNUD/ PNUE/Banque mondiale/WRI (2003) World Resources 2002–2004. Decisions for the Earth: Balance, voice and power. Institut des ressources mondiales, p.75.
[2] Liebler, C. et Ferri, M. (2004) NGO Networks: Building Capacity in a Changing World.Office of Private and Voluntary Cooperation, USAID, p.38.


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