Oumoul Ba Tall est présidente de l’African Evaluation Association (AfrEA). Les évaluations, pense-t-elle, peuvent contribuer au développement, à condition qu’elles aillent au-delà des projets et des programmes.
Les évaluations peuvent-elles contribuer au développement durable ?
Les évaluations peuvent avoir une influence favorable sur le développement d'une nation, à condition toutefois qu'elles soient conçues avec soin, en vue de servir les objectifs du développement. Pour moi, cela veut dire que les évaluations doivent faire l'objet d'une appropriation nationale et qu'elles doivent porter sur des questions qui sont en cohérence avec les besoins et les priorités du développement local. Il convient également de les réaliser au niveau des stratégies et non au niveau des programmes ou des projets, comme cela se fait généralement. Enfin, les évaluations doivent contribuer aux processus décisionnels et servir d'instrument permettant de tenir les décideurs responsables de leur choix. Ces derniers points sont particulièrement importants.
L’African Evaluation Association (AfrEA)
AfrEA est un groupement de 18 associations nationales africaines de S&E qui soutient les individus dans les pays ne disposant pas d'organe national. Son action vise à renforcer les capacités d'évaluation. Dans ce contexte, l'association sert de forum de discussion pour les évaluateurs et d’autres acteurs du développement.
Depuis 1999, l’AfrEA a organisé trois conférences internationales. La quatrième conférence de l’AfrEA se tiendra à Niamey (Niger) du 15 au 21 janvier 2007 et sera l'hôte du Réseau nigérien de suivi et évaluation (RéNSE).
Quel est le rôle des associations nationales dans le renforcement des capacités d'évaluation ?
En tant que secrétaire de l’Association mauritanienne de suivi-évaluation (AMSE), je pense que les associations nationales peuvent assumer un rôle important dans le développement du S&E aux différents niveaux de la société, et dans le renforcement des capacités. Elles peuvent expliquer les avantages du S&E à tous les acteurs, pourvu qu'elles simplifient leur langage et utilisent des stratégies de communication qui atteignent effectivement les décideurs, les gestionnaires de programmes et les personnes qui recourent à des évaluations.
Quelle valeur ajoutée une association africaine offre-t-elle ?
L'association offre un tremplin aux experts africains : ils ont la possibilité d'acquérir une expérience internationale en matière d'évaluation et d'améliorer ainsi leurs compétences. L’AfrEA s’efforce également de faire mieux entendre la « voix » des praticiens africains, afin qu'ils puissent montrer à leur gouvernement et aux différents acteurs que l'évaluation peut constituer une stratégie efficace pour tirer parti des actions individuelles et nationales de développement. En outre, l’AfrEA peut aider à lancer des programmes associant plusieurs pays en vue d'établir des normes d'évaluation applicables dans toute l'Afrique. Si chaque pays devait procéder séparément à ce travail, il en résulterait un énorme gâchis de ressources.
L’AfrEA facilite la constitution d'un faisceau d’« expertise africaine » qui, à son tour, attirera l'attention et les ressources nécessaires pour procéder à la formation, au développement de nouveaux outils et de nouvelles méthodes, et pour permettre à ses membres de participer à des rencontres internationales. Elle contribue également aux actions visant à concentrer les recherches et les pratiques en matière d'évaluation sur les besoins des communautés indigènes.
Que faut-il encore faire pour renforcer les capacités d'évaluation en Afrique ?
L'association s'efforce actuellement de renforcer sa propre structure organisationnelle, en procédant à ce que nous appelons l’« officialisation » de
l’AfrEA. De nombreuses propositions sont à l'étude. En tant qu'organisation sans caractère officiel, nous avons fait preuve d'efficacité pour fournir de la valeur en termes d'activités et de projets de renforcement des capacités. Mais, pour l'avenir, un statut légal présenterait d'autres avantages, en particulier la capacité de conclure des contrats. Il nous permettrait d'inscrire notre action sur le long terme, ce qui favoriserait l'apprentissage institutionnel et contribuerait à la pérennité de l’AfrEA.
L'association a surtout besoin de « champions » qui lui soient dédiés, qui comprennent les enjeux, et qui soient capables d'assurer un leadership et un pilotage efficaces. En matière de gestion de l'association et de ses activités, nous devons mettre en pratique ce que nous préconisons, nous devons agir comme nous enseignons aux autres de le faire.
Liens
L’African Evaluation Association (AfrEA)
International Program for Development Evaluation Training (IPDET)
Réseau nigérien de suivi et évaluation (RéNSE)
Évaluation dans l’espace francophonie
Organisation internationale de coopération en évaluation
South African Monitoring and Evaluation Association (SAMEA)
PNUD Southern Africa Capacity Initiative (SACI)
Further reading
A.O. Hauge et K. Mackay (2004) Monitoring and Evaluation for Results: Lessons from Uganda. Capacity Development Brief 3, Banque mondiale.
L. Morra-Imas et R.C. Rist (2006) The Capacity to Evaluate: Why Countries Need It. Capacity Development Brief 17, Banque mondiale.



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